L’enfant qui

L’enfant qui

Le tutoiement lancinant de la narratrice est souffle de réconfort. Admiratif et familier, il accompagne un enfant dans le deuil de sa mère : « Tu es seul comme peut l’être quelqu’un dans un tableau »… Sans doute est-ce la défunte omnisciente qui chuchote à son oreille, dans un élan de transmission d’outre-tombe. L’orphelin a compris que le seul moyen de survivre était de s’en remettre à la terre, à l’eau, à l’air, aux arbres, aux animaux. Même son chagrin devient élément naturel : « C’est par les larmes que tu vois. » Il ne fait qu’un avec son environnement, et son errance salutaire berce le livre dans une apesanteur infinie. Jeanne Benameur réussit le prodige d’enchaîner les phrases fines comme des coups d’aiguille, sans jamais crever la bulle qui protège l’enfant des avanies extérieures et le maintient dans la vérité des choses. Lentement, son entourage sort de sa torpeur. Le « nous » remplace le « tu », l’enfant lègue son savoir universel en toute pudeur. Ses sensations deviennent nôtres, sa langue invite à la déclamation, comme un gigantesque poème. Avis aux comédiens en mal de texte à dire : une merveille les appelle. — Marine Landrot

 

Ed. Actes Sud, 128 p., 13,80 €.

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