Avenue des mystères

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Avenue des mystères

Depuis Le Monde selon Garp (1978), John Irving nous a habitués à des romans où l’improbable s’immisce toujours dans la vie réelle, obligeant les personnages, et par ricochet le lecteur, à suivre le cours de l’imagination du romancier. Cette Avenue des mystères ne déroge pas à la tradition. John Irving, plus en forme que jamais, nous emmène dans les pas de Juan Diego Guerrero, un adolescent mexicain qui vit à Oaxaca. C’est un « gosse de la décharge », habitant dans une cabane, près d’une monstrueuse déchetterie où rôdent les vautours et les chiens. Un petit prodige, aussi, qui apprend à lire en récupérant tous les livres qu’il trouve, en outre seul capable de traduire le babil de sa soeur cadette Lupe, qui lit dans les pensées des autres et s’exprime dans une langue proche de celle des Aztèques.

Une première vie où les gamins étonnent les frères jésuites par leur intelligence, s’en vont suivre la troupe du Cirque de la Merveille et assistent aux combats que se livre un jeune missionnaire, Edward Bonshaw, tenaillé par le désir qu’il éprouve pour Flor, une flamboyante transsexuelle. Mais on suit bientôt Juan Diego dans sa seconde vie, alors qu’il est devenu un romancier réputé aux Etats-Unis. Un écrivain dont l’imagination puise dans son adolescence mexicaine. Il ne sait pas toujours où il en est, entre ses rêves et la vie. D’autant que celle-ci ne lui laisse guère de repos. Quand il n’est pas épuisé par les joutes sexuelles de Miriam et Dorothy, respectivement mère et fille, il doit choisir entre ses bêtabloquants et son Viagra, dialoguer avec un ancien étudiant sur la ligne pontificale en matière sexuelle et supporter le climat des Philippines en compagnie de fantômes de soldats de la guerre du Vietnam…

Il faut une bonne dose d’attention pour ne pas se perdre dans les époques, les dialogues qui s’entremêlent et les pensées flottantes de Juan Diego. Enfant, il était déjà adulte, s’instruisant dans les livres calcinés et surmontant les cruautés de la pauvreté. Adulte, il a encore 14 ans, sent toujours la présence de sa soeur, Lupe, un des plus beaux personnages du livre, gamine télépathe qui parle aux Vierges, celle de Guadalupe et les autres qui lui disputent la notoriété. Dans les deux vies de Juan Diego, les femmes sont tour à tour ensorcelantes et intimidantes, et les voyages qu’il fait en avion restent en ­deçà de ceux où le promènent ses pensées. Suivre Juan Diego est un vertigineux voyage romanesque, où morts et vivants cheminent toujours côte à côte. — Gilles Heuré

 

Avenue of mysteries, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun et Olivier Grenot, éd. du Seuil, 528 p., 22 €.

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